Les émotions au travail : longtemps ignorées, aujourd’hui indispensables
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Pendant longtemps, le monde du travail a entretenu une illusion tenace : celle selon laquelle les émotions n’avaient pas leur place dans la sphère professionnelle.
Travailler, c’était être rationnel, maîtrisé, efficace. Ressentir, douter, s’émouvoir, se mettre en colère ou se sentir dépassé relevait du registre du personnel — à laisser à la porte de l’entreprise.
Cette séparation, présentée comme un gage de sérieux et de professionnalisme, a profondément marqué les cultures managériales. Et elle continue, encore aujourd’hui, d’influencer la façon dont les émotions sont perçues, accueillies… ou évitées.
Pourquoi a-t-on voulu ignorer les émotions au travail ?
L’héritage du management industriel et rationnel a longtemps façonné notre rapport au travail. Dans cette logique, l’humain devait s’adapter aux exigences de l’organisation, et non l’inverse. Les émotions étaient alors perçues comme :
irrationnelles,
incontrôlables,
sources potentielles de conflits ou de perte de performance.
Les ignorer semblait plus simple que d’apprendre à composer avec elles.
À cela s’est ajoutée une croyance encore très présente : montrer ses émotions serait un signe de faiblesse, de manque de professionnalisme ou d’incompétence. Beaucoup de salariés ont ainsi appris à se taire, à prendre sur eux, à « faire avec » — parfois pendant des années.
Le problème n’est pas d’avoir des émotions. Le problème est de les faire taire.
Les émotions ne disparaissent jamais parce qu’on les ignore. Elles s’expriment autrement.
Fatigue chronique. Irritabilité. Perte de motivation. Désengagement. Tensions relationnelles. Troubles psychosociaux.
Ce que l’on n’écoute pas à l’intérieur finit souvent par s’imposer à l’extérieur.
Les émotions ne sont pas des dysfonctionnements à corriger. Elles sont des signaux. Elles renseignent sur ce qui se joue réellement dans le travail : surcharge, manque de reconnaissance, conflits de valeurs, perte de sens, pression excessive, incohérences organisationnelles.
Les ignorer, ce n’est pas faire preuve de maîtrise. C’est se priver d’informations essentielles.
Le regard du monde du travail sur les émotions : une reconnaissance encore incomplète
Aujourd’hui, le monde du travail affiche une ouverture nouvelle aux émotions. On parle de bien-être, de santé mentale, d’intelligence émotionnelle, de prévention du burn-out. En apparence, les émotions ne sont plus taboues.
Pourtant, cette reconnaissance reste largement ambivalente.
Certaines émotions — l’enthousiasme, la motivation, l’engagement — sont valorisées. D’autres — la peur, la colère, la lassitude, la tristesse — demeurent dérangeantes. Le message implicite reste souvent le même : les émotions sont acceptables tant qu’elles ne perturbent ni la performance ni le fonctionnement de l’organisation.
Elles sont alors vues comme quelque chose à contenir, à maîtriser, à gérer. Rarement comme quelque chose à écouter.
Or, les émotions ne sont pas des faiblesses individuelles. Elles sont le reflet d’un système, d’un contexte, d’un environnement de travail.
Tant que les entreprises chercheront à neutraliser les émotions plutôt qu’à les comprendre, une part essentielle de ce qui fait sens — et alerte — dans l’expérience professionnelle restera ignorée.
Les émotions ne sont pas un problème. Elles font partie de la solution.
Accueillir les émotions au travail ne signifie pas tout accepter ni tout exprimer sans cadre. Cela signifie reconnaître qu’elles existent et qu’elles ont une fonction.
Une colère peut signaler une limite dépassée. Une peur peut alerter sur une insécurité réelle. Une lassitude peut révéler un désalignement profond.
Les émotions permettent d’ajuster, de réinterroger, de transformer. À condition de leur faire une place.
Changer de regard : une responsabilité individuelle et collective
Apprendre à écouter ses émotions au travail est un premier pas. Mais cela ne peut pas reposer uniquement sur les individus.
Créer des espaces de parole sécurisés. Former les managers à l’écoute. Reconnaître la complexité du vécu professionnel.
Ce sont des enjeux collectifs.
Dans notre pratique de coachs, nous observons que lorsque les émotions peuvent être nommées, comprises et mises en lien avec le travail réel, quelque chose s’apaise. De la clarté émerge. Des choix deviennent possibles.
Et si le vrai professionnalisme consistait à ne plus faire semblant ?
Les émotions ne fragilisent pas le travail. Elles le rendent plus humain. Et souvent, plus juste.
Continuer à les nier, c’est maintenir un écart entre ce que les personnes vivent et ce que l’on attend d’elles. Les reconnaître, c’est ouvrir la voie à un travail plus conscient, plus aligné, plus durable.
✨ Soyez réalistes : osez l’impossible. ✨





